
Des manifestations ont éclaté dimanche dans des dizaines de villes et localités à travers la Syrie et se sont poursuivies lundi, avec de nombreux incendies et barrages routiers provoqués par l’annonce du gouvernement d’une forte hausse des prix de l’essence et du diesel.
Le gouvernement syrien, dirigé par l’ancien président djihadiste lié à Al-Qaïda Ahmed al-Sharaa, a annoncé dimanche une importante augmentation du prix de plusieurs carburants dérivés du pétrole, invoquant des raisons nationales et internationales. Sur le plan international, les prix du pétrole ont fortement augmenté ces derniers mois en raison du conflit entre l’Iran et les États-Unis, au cours duquel l’Iran a activement perturbé le transport maritime commercial dans le détroit d’Ormuz, l’une des principales voies maritimes mondiales pour le transport de pétrole. Sur le plan intérieur, les autorités ont annoncé la réhabilitation de l’une des plus grandes raffineries du pays après plus d’une décennie de guerre civile, expliquant que la production pétrolière syrienne serait réduite pendant les travaux, entraînant une hausse des prix.
Ces manifestations constituent la première importante vague de troubles civils liés à la situation économique depuis que Sharaa et sa milice, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), ont pris le pouvoir en décembre 2024 après avoir renversé le président de longue date Bachar el-Assad. La Syrie a depuis connu diverses manifestations contre Sharaa, mais la plupart étaient liées à des conflits confessionnels, notamment des protestations d’Alaouites, de chrétiens et d’autres groupes arabes non sunnites ayant été victimes d’attaques meurtrières menées par des éléments liés au HTS. Peu après la fin du régime Assad, fin 2024, par exemple, des chrétiens étaient descendus dans les rues de Damas pour revendiquer leur droit de vivre sans être massacrés par des djihadistes sunnites.
Le média kurde Rudaw a rapporté lundi que des manifestations avaient été recensées dans pas moins de 80 municipalités à travers le pays, notamment dans plusieurs zones du Kurdistan syrien, ou Rojava. Des habitants affirment que les hausses de prix rendent impossible leur trajet jusqu’au travail ou, pour ceux qui travaillent dans le transport, l’exercice de leur activité.
« En raison de la hausse du prix de l’essence, du diesel, de l’eau, de l’électricité, du pain, pratiquement tout est devenu cher, nous n’arrivons plus à nous en sortir », a déclaré Samir Dawod, chauffeur de minibus, à Rudaw. Il explique qu’il prévoit désormais de dépenser 4,10 dollars par semaine en essence, alors que son activité ne lui rapporte que 16 dollars par mois, rendant son activité économiquement intenable.
En dehors du Rojava, le journal émirati The National a rapporté la présence de barrages routiers entre les villes de Damas et d’Alep, ainsi que des manifestations de grande ampleur dans des villes telles que Hama, Khan Sheikhoun et Maarat Al Numan. Les manifestants ont principalement pris pour cible le ministre de l’Énergie Mohammed Al Bashir, qui a annoncé les hausses de prix, mais ont également demandé au gouvernement de Sharaa de redresser l’économie afin de permettre une augmentation des salaires et une amélioration des conditions de vie, exprimant leur déception face à ses résultats depuis le renversement d’Assad.
« Nous nous sommes couchés et nous nous sommes réveillés avec ça », a déclaré un habitant d’Idlib à The National. « C’était un choc, car il ne s’agit pas seulement du carburant, cela va affecter le coût de la vie. »
Des images des manifestations publiées en ligne montrent d’importants incendies sur les principaux axes routiers ainsi que des foules rassemblées dans les grandes villes, scandant des slogans contre le gouvernement ou réclamant la possibilité de travailler. Des barrages routiers ont également été formés par des groupes de personnes se tenant simplement sur de grands ponts ou sur des routes principales, tandis que la circulation semblait ralentie en raison de l’accès limité au carburant à cause des prix plus élevés.
L’agence de presse officielle syrienne SANA a rapporté dimanche les nouveaux prix des carburants :
Les nouveaux prix, entrés en vigueur dimanche à minuit, fixent le prix de l’essence à indice d’octane 95 à 195 livres syriennes le litre (environ 1,60 dollar), celui de l’essence à indice d’octane 90 à 185 livres syriennes le litre (1,52 dollar) et celui du diesel à 175 livres syriennes le litre (1,43 dollar), sur la base d’un taux de change de 122 livres syriennes pour un dollar. Le GPL domestique a été fixé à 1 600 livres syriennes (environ 13,11 dollars), tandis que le GPL industriel a été fixé à 2 560 livres syriennes (20,98 dollars).
Un prix d’environ 1,60 dollar le litre équivaut à environ 6,06 dollars le gallon. À environ 1,52 dollar le litre, l’essence coûte environ 5,75 dollars le gallon. Le diesel, à 1,43 dollar le litre, revient à environ 5,41 dollars le gallon.
Selon le ministère syrien de l’Énergie, « la Syrie a actuellement besoin d’environ 300 000 barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers, contre une production nationale de brut d’environ 100 000 barils par jour ».
La production nationale a diminué dans le contexte de l’arrêt de la raffinerie de Baniyas, qui fait actuellement l’objet d’importants travaux de réhabilitation visant à augmenter sa capacité de production.
« Le ministère de l’Énergie a indiqué qu’une partie du brut syrien produit localement est lourd et n’est pas totalement compatible avec les capacités et les spécifications des raffineries existantes, ce qui limite la possibilité pour le brut local de remplacer l’essence et le diesel importés », selon SANA. « Il a souligné que la hausse était temporaire et que les prix resteraient réévalués en fonction de l’évolution des conditions du marché mondial et du retour des capacités nationales de raffinage après l’achèvement des travaux de réhabilitation de Baniyas. »
SANA a rapporté lundi que le gouvernement convoquerait le ministre de l’Énergie, al-Bashir, devant le Parlement afin qu’il réponde aux questions lors d’une audition. Le média d’État n’a pas fait état des manifestations, mais la programmation d’une audition consacrée à la hausse des prix semble constituer une réponse à la colère de la population.
« L’audition, approuvée à la demande du président de la commission de l’Énergie de l’Assemblée, visera à obtenir des éclaircissements du ministère de l’Énergie sur les facteurs à l’origine de la hausse et les considérations ayant motivé cette décision », selon SANA.
Source: Brietbart – Read the original Article
