
L’Union européenne devrait se doter de structures de défense parallèles à celles de l’OTAN — mais sans les États-Unis — a déclaré mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union.
Dans son discours consacré à l’avenir de la sécurité européenne, Ursula von der Leyen a clairement défendu une évolution visant à réduire la dépendance du continent à l’égard de la défense américaine. Elle a notamment placé sur un même plan moral l’invasion russe de l’Ukraine et la volonté américaine d’étudier l’acquisition du Groenland, affirmant que le fait de « défendre » des États non membres constituait un exemple de la manière dont l’UE protège ses propres intérêts.
Parmi les annonces majeures de son discours de plus d’une heure figurait également l’invitation faite au Canada à devenir le premier « membre associé » de l’Union européenne, ainsi qu’un nouvel appel à créer un Conseil européen de sécurité et à progresser vers une défense européenne commune.
La création d’une armée européenne unique et des infrastructures nécessaires à son fonctionnement constitue depuis des décennies une ambition de certains partisans d’une Europe fédérale. Mais cette idée s’est régulièrement heurtée à la volonté de plusieurs États européens — dont certains ont connu une occupation militaire au cours de leur histoire récente — de conserver leurs forces armées, considérées comme un élément essentiel de leur souveraineté.
Les inquiétudes concernant la création d’une structure de défense parallèle susceptible d’affaiblir l’OTAN, alliance militaire mais non politique, ont également été nombreuses.
Néanmoins, selon von der Leyen, « à mesure que le niveau de menace augmente, la préparation de l’Europe doit elle aussi augmenter ». Il serait donc temps, selon elle, de mettre ces préoccupations de côté et de construire une structure militaire européenne parallèle.
« Nous disposons déjà de nombreux outils et nous renforçons notre coopération avec l’OTAN, mais notre doctrine, nos institutions et notre processus décisionnel n’ont pas évolué au même rythme que la nouvelle réalité. Nos systèmes sont conçus pour un autre monde, guidés par des tentatives bien intentionnées de parvenir au consensus et au compromis », a-t-elle déclaré aux députés européens.
« Mais nous devons nous demander s’ils sont toujours adaptés à leur objectif. L’Europe a notamment besoin de son propre dispositif de lutte contre les menaces hybrides. Nous avons besoin de toute urgence d’un consensus sur la manière de répondre à certains incidents qui se situent en dessous du seuil d’une agression armée, mais qui menacent clairement notre sécurité nationale. En d’autres termes, un mécanisme venant compléter l’article 4 de l’OTAN. Je pense qu’il est temps pour l’Europe d’avoir son propre article 4 et un protocole de sécurité d’urgence. »
L’article 4 est un mécanisme prévu par le traité fondateur de l’OTAN. Lorsqu’un État membre l’invoque, les autres membres sont tenus de se réunir immédiatement afin de discuter de la situation. Il a notamment été invoqué récemment par des pays européens après que des drones russes impliqués dans la guerre en Ukraine ont pénétré ou se sont écrasés sur le territoire de l’OTAN. Il permet d’engager une réponse de l’Alliance sans aller jusqu’à l’article 5, qui prévoit la défense collective en cas d’attaque contre un membre.
Von der Leyen a également déclaré qu’en plus de son propre article 4, l’Europe devrait créer un « Conseil européen de sécurité » réunissant les États membres de l’UE ainsi que des alliés partageant ses positions, notamment le Canada, l’Ukraine, le Royaume-Uni et la Norvège.
Dans cette structure européenne de sécurité envisagée comme parallèle à l’OTAN, les États-Unis ne seraient pas inclus, même s’ils n’ont pas été explicitement cités dans ce passage du discours.
Source: Brietbart – Read the original Article
