
Cette découverte a été publiée il y a quelques semaines : des chercheurs indiens ont analysé 120 années de données climatiques, de 1901 à aujourd’hui, afin de comprendre comment les sécheresses se propagent d’une région à l’autre. Leur conclusion remet en question même les scénarios les plus alarmistes.
Contrairement à certaines estimations selon lesquelles jusqu’à un sixième des terres émergées de la planète pourraient être touchées simultanément par la sécheresse, les données historiques montrent une réalité bien moins catastrophique : entre 1,8 % et 6,5 % des continents sont réellement affectés au même moment. L’explication tient en un mot : les océans.
Comment les températures océaniques atténuent les sécheresses continentales
Le Dr Udit Bhatia, qui a dirigé cette recherche publiée dans Communications Earth & Environment, a représenté les épisodes de sécheresse sous la forme d’un réseau. Deux régions touchées à quelques semaines d’intervalle étaient considérées comme « connectées ».
L’analyse de milliers de ces connexions a permis d’identifier plusieurs zones récurrentes : l’Australie, l’Amérique du Sud, l’Afrique australe et certaines régions d’Amérique du Nord. Mais ces zones ne sont jamais toutes touchées simultanément. Pourquoi ?
Les fluctuations de la température de surface des océans redistribuent constamment les précipitations à travers le globe. Certaines régions reçoivent davantage de pluie tandis que d’autres en manquent, selon une logique de compensation géographique. Ce déséquilibre organisé empêche l’apparition d’une sécheresse synchronisée à l’échelle mondiale.
Le principal moteur de ce mécanisme est le phénomène El Niño. Lorsque le Pacifique se réchauffe, l’Australie souffre. Lorsque La Niña prend le relais, la carte des sécheresses est redessinée.
Comme l’explique Mansoor Tantary, coauteur danois de l’étude : « Ces fluctuations induites par les océans créent une mosaïque de réponses régionales, ce qui limite la fréquence d’une sécheresse mondiale touchant plusieurs continents simultanément. »
Sécurité alimentaire : ce que cela change concrètement
L’étude ne s’arrête pas à la climatologie. Les chercheurs ont croisé ces données avec les rendements historiques de quatre cultures stratégiques :
- Blé
- Riz
- Maïs
- Soja
La conclusion est claire : une sécheresse modérée touchant une vaste zone agricole augmente le risque de pertes de récoltes à plus de 25 %, et jusqu’à 40 à 50 % pour le maïs et le soja.
Si plusieurs grandes régions productrices étaient touchées simultanément, les conséquences pour l’approvisionnement mondial seraient considérables. Heureusement, la configuration océanique décrite par les chercheurs rend ce scénario peu probable, du moins dans les conditions climatiques actuelles.
L’étude précise également que deux tiers des changements à long terme observés au cours des dernières décennies s’expliquent par les variations des précipitations, tandis qu’un tiers est attribuable à la hausse des températures, qui augmente la demande évaporative des sols.
En Australie et en Amérique du Sud, les précipitations restent le principal facteur. En Europe et dans certaines régions d’Asie, les températures jouent un rôle de plus en plus important.
Le professeur Vimal Mishra, de l’IIT Gandhinagar, tire une leçon pratique de ces résultats : puisque les sécheresses ne frappent pas partout au même moment, une planification intelligente peut exploiter cette diversité naturelle afin d’anticiper les perturbations de l’approvisionnement.
Concrètement, cela signifie concentrer les ressources sur les régions touchées au moment opportun et mettre en place des mécanismes de stabilisation des marchés avant qu’une mauvaise récolte dans une région ne provoque une flambée des prix ailleurs.
Il s’agit de l’un des enseignements les plus directement exploitables fournis par une étude climatique récente.
La véritable question qui reste ouverte est la suivante : ce rôle régulateur des océans résistera-t-il au réchauffement climatique, qui perturbe précisément les cycles El Niño et La Niña dont dépend cet équilibre ?
Source: Yahoo Finance – Read the original Article
