
Depuis le centre de contrôle ultramoderne de Digital Realty à Singapour, des analystes gardent les yeux rivés sur des cartes numériques et des tableaux de bord afin de surveiller des centaines de data centers à travers le monde.
L’objectif de l’entreprise américaine n’est pas simplement de réagir lorsqu’un incident survient, mais de détecter suffisamment tôt certains signaux — comme une hausse soudaine de la température — afin d’éviter toute interruption.
Daniel Naing, 37 ans, et ses collègues traitent chaque semaine des milliers d’alertes signalant des dysfonctionnements. « Si je panique, les membres de mon équipe vont paniquer aussi. Donc même si je suis nerveux intérieurement, je ne peux pas le montrer », a-t-il déclaré à l’AFP.
La tour de contrôle de Singapour, ainsi que ses homologues en Europe et aux États-Unis, assure une surveillance 24 heures sur 24 de plus de 300 data centers pour environ 6 000 entreprises clientes.
La demande croissante pour ces infrastructures est devenue un enjeu politique, alors que les géants de la technologie se livrent à une course effrénée dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA).
Mais sans elles, « plus rien ne fonctionne » dans notre monde hyperconnecté, souligne Serene Nah, directrice générale et responsable de la région Asie-Pacifique chez Digital Realty.
— Infrastructures essentielles —
Ces centres constituent de véritables infrastructures essentielles, un enjeu « presque comparable à la sécurité nationale », insiste-t-elle. « Nous devons fonctionner 24 heures sur 24. »
« Notre activité », déplore Serene Nah, « est très mal comprise » et souffre d’un manque de soutien du public, qui perçoit les data centers comme de grands consommateurs d’eau ou comme d’importants émetteurs de carbone et de chaleur.
« Pourtant, tout le monde a les yeux rivés sur son téléphone toute la journée », souligne-t-elle, ajoutant qu’à chaque fois qu’une personne fait glisser son doigt sur son écran, « les données doivent bien aller quelque part ».
L’entreprise donne la priorité aux énergies renouvelables, notamment aux panneaux solaires, et utilise des systèmes de refroidissement en circuit fermé qui recyclent continuellement l’eau, précise-t-elle.
Les vulnérabilités du secteur ont été mises en évidence cette année lorsque des data centers gérés par la division cloud d’Amazon ont été affectés pendant la guerre au Moyen-Orient.
Ces infrastructures numériques fonctionnant 24 heures sur 24, Daniel Naing et ses collègues assurent leur service de 7 heures à 19 heures à Singapour avant de passer le relais à l’équipe européenne.
Les ingénieurs doivent répondre à une alerte en quelques minutes. Les équipes collaborent avec leurs collègues déployés sur le terrain et font appel à un réseau mondial d’experts, tout en tenant les clients informés.
Digital Realty est l’un des principaux fournisseurs d’espaces pour serveurs de data centers, aux côtés de concurrents comme Equinix, également une entreprise américaine.
Parallèlement, les géants de la technologie, de Microsoft à Alibaba, se livrent à une course effrénée pour construire leurs propres data centers afin d’entraîner et d’exploiter des modèles d’IA, un déploiement mondial qui représente des milliers de milliards de dollars.
— Des humains indispensables —
Le centre de contrôle mondial de Digital Realty à Singapour est situé dans l’un des trois data centers exploités par l’entreprise dans la cité-État.
La plupart des zones du data center sont interdites d’accès pour des raisons de sécurité. Son toit est recouvert de panneaux solaires.
L’AFP a toutefois pu visiter une salle où des rangées d’armoires noires abritant des serveurs forment de longs couloirs étroits, avec des faisceaux de câbles jaunes suspendus au plafond, au milieu du bourdonnement des ventilateurs des serveurs informatiques haute performance.
L’IA accélère la croissance et la complexité des data centers, mais pour les opérations menées au sein du centre de contrôle, les humains restent indispensables, selon Terence Tang, responsable du centre de contrôle mondial pour la région Asie-Pacifique.
« Nous avons toujours besoin d’une intervention humaine pour vérifier réellement s’il s’agit de véritables pannes, alertes et alarmes, car l’IA ou l’automatisation peuvent parfois générer de faux positifs », a déclaré Tang à l’AFP.
Source: Yahoo Finance – Read the original Article
