
Imaginez une gigantesque balance située sous la Terre. En plus de mesurer la masse totale de la planète, elle prendrait en compte, d’un côté, la masse d’eau accumulée sous forme de neige en Amérique du Nord et en Eurasie, et de l’autre, les précipitations qui gonflent les sols et les rivières de l’Amazonie. Quelques mois plus tard, l’eau fond et retourne vers les océans, tandis que les moussons et l’atmosphère redistribuent d’autres masses d’eau et d’air. La masse de la planète n’a pas changé, mais son centre de masse s’est légèrement déplacé.
Ce phénomène est connu depuis plusieurs décennies, mais reste difficile à mesurer. Les satellites orbitent autour du centre de masse de la Terre, tandis que les géodésiens — des scientifiques qui mesurent la forme et les mouvements de notre planète — cherchent à déterminer la position de son enveloppe solide. Entre les deux, quelques millimètres peuvent faire toute la différence.
Une équipe de chercheurs vient de proposer une nouvelle méthode pour suivre cette oscillation saisonnière. Publiés dans le Geophysical Journal International, leurs résultats permettent de résoudre une divergence entre différentes méthodes de mesure du « géocentre ».
Une Terre qui oscille au rythme de l’eau
Pour comprendre ce phénomène, il faut distinguer deux points : le centre de masse, qui correspond au point autour duquel l’ensemble de la Terre, ses océans et son atmosphère sont en équilibre, et le centre géométrique de la Terre, qui correspond à la position de la Terre solide, en excluant donc les fluides.
Lorsque des milliers de milliards de tonnes d’eau se déplacent des continents vers les océans, la répartition de la masse change : le centre de masse se déplace donc légèrement par rapport à la Terre solide.
Chaque année, environ 6 300 gigatonnes d’eau sont transférées entre les continents et les océans au rythme des saisons. Cette redistribution provoque une oscillation annuelle du centre de masse et correspond également à une variation saisonnière du niveau moyen des mers d’environ 17 millimètres. Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’une hausse durable du niveau des mers, puisque l’eau est ensuite redistribuée vers les continents.
Les principaux acteurs de cette dynamique sont particulièrement révélateurs. En mars, par exemple, l’accumulation de neige en Amérique du Nord et en Eurasie atteint son maximum. Cette masse supplémentaire déplace le centre de masse d’environ 3 millimètres vers le nord.
En avril, l’eau stockée dans le bassin amazonien atteint son maximum : environ 2 400 gigatonnes d’eau supplémentaires y sont présentes, déplaçant le centre de masse d’environ 2,2 millimètres vers l’Amérique du Sud.
Les moussons d’Asie du Sud-Est contribuent également au phénomène, en ajoutant environ 600 gigatonnes d’eau. Les océans jouent eux aussi un rôle majeur, notamment lorsque l’eau issue de la fonte des neiges et des précipitations s’y déverse.
Même l’atmosphère est concernée : la masse d’air froid qui s’accumule dans certaines régions durant l’hiver modifie elle aussi, légèrement, le centre de masse de la Terre.
Source: Yahoo Finance – Read the original Article
