
Les familles et autres victimes des attentats terroristes du 11 septembre 2001 demandent à la Cour suprême des États-Unis d’intervenir dans une bataille judiciaire de longue date concernant des milliards de dollars d’avoirs de la banque centrale afghane, gelés après le retour des talibans au pouvoir en 2021.
La requête, déposée le 31 août dans l’affaire Havlish v. The Taliban, demande aux juges d’examiner une décision de la cour d’appel fédérale du deuxième circuit qui a empêché les victimes d’utiliser environ 3,5 milliards de dollars détenus à la Federal Reserve Bank of New York afin d’exécuter des jugements rendus contre les talibans.
Au cœur du litige se trouve le Terrorism Risk Insurance Act (TRIA) de 2002. Cette loi permet aux victimes disposant de jugements pour terrorisme de saisir des avoirs bloqués appartenant à une organisation terroriste, y compris les actifs d’une agence ou d’un instrument de cette organisation.
La requête affirme que le deuxième circuit a ajouté à tort une condition selon laquelle le lien entre l’organisation terroriste et le propriétaire des actifs devait déjà exister au moment où les avoirs ont été initialement gelés.
Les demandes des victimes découlent de plusieurs procès intentés contre les talibans après les attentats du 11-Septembre et d’autres actes de violence terroriste.
Dans l’affaire Havlish, les familles et ayants droit d’Américains tués lors des attentats du 11-Septembre ont obtenu en décembre 2011 un jugement par défaut établissant la responsabilité des talibans.
Selon le dossier transmis à la Cour suprême, les dommages compensatoires encore dus s’élèvent à environ 2,09 milliards de dollars.
D’autres groupes, notamment des compagnies d’assurance et des victimes d’attentats ultérieurs, ont également obtenu des jugements contre les talibans.
Le conflit judiciaire s’est intensifié après la prise de Kaboul par les talibans le 15 août 2021 et leur prise de contrôle de facto de la banque centrale afghane, la Da Afghanistan Bank (DAB).
Environ 7 milliards de dollars d’actifs de la DAB étaient détenus à la Federal Reserve Bank of New York. L’administration Biden a gelé ces avoirs, puis a organisé le transfert de 3,5 milliards de dollars vers un fonds distinct destiné à bénéficier au peuple afghan, tout en maintenant cet argent hors du contrôle des talibans.
Les quelque 3,5 milliards de dollars restants constituent la principale cible des procédures engagées par les victimes.
Les juridictions inférieures ont rejeté leurs tentatives d’obtenir ces fonds.
Le deuxième circuit a confirmé cette décision en août 2025, entraînant le dépôt de la nouvelle requête devant la Cour suprême.
Les victimes soutiennent que cette décision est contraire au texte du TRIA ainsi qu’à la jurisprudence d’autres cours d’appel, et qu’elle laisse des victimes détenant des jugements de plusieurs milliards de dollars dans l’incapacité de les faire exécuter.
Le contentieux contre les talibans s’inscrit dans les nombreuses batailles judiciaires issues des attentats du 11-Septembre, notamment celles visant des gouvernements et organisations étrangers.
Une procédure distincte contre l’Arabie saoudite a progressé en vertu du Justice Against Sponsors of Terrorism Act, adopté par le Congrès en 2016.
En août 2025, le juge fédéral américain George B. Daniels a rejeté une nouvelle demande de l’Arabie saoudite visant à faire abandonner les poursuites des familles, estimant que les éléments de preuve étaient suffisants pour permettre à l’affaire de se poursuivre.
L’Arabie saoudite a fait appel et le tribunal de district a suspendu les procédures concernant le royaume dans l’attente de cette décision.
Cet appel est toujours en cours. Le deuxième circuit a fixé les plaidoiries au 7 octobre 2026.
De nouveaux éléments de preuve — notamment des documents concernant une aide présumée de l’Arabie saoudite à certains des pirates de l’air — devraient occuper une place importante dans la poursuite de la procédure.
Pour les familles du 11-Septembre, les deux affaires soulèvent des questions juridiques différentes, mais poursuivent un même objectif : obtenir justice et responsabilité par la voie judiciaire.
La décision de la Cour suprême de se saisir ou non de l’affaire des talibans pourrait déterminer si des milliards de dollars d’avoirs afghans gelés resteront hors de portée des victimes ou pourront servir à indemniser celles qui ont obtenu des jugements contre le groupe.
Source: Newsmax – Read the original Article
