Les semi-conducteurs, communément appelés « puces », constituent le socle matériel de l’économie numérique. Fabriqués le plus souvent à partir de silicium, ils équipent les téléphones, les ordinateurs, les automobiles, les équipements médicaux, les infrastructures de télécommunications ainsi que de nombreux systèmes de défense. Aucune économie moderne ne peut fonctionner durablement sans un approvisionnement régulier en composants électroniques.
La particularité de cette industrie tient à l’extrême spécialisation de sa chaîne de valeur. La conception des puces les plus avancées est largement dominée par des entreprises américaines, souvent dites « fabless », c’est-à-dire sans usines propres. La fabrication de pointe est, elle, fortement concentrée en Asie de l’Est, notamment à Taïwan et en Corée du Sud. Quant aux machines de lithographie les plus avancées, indispensables pour graver les circuits les plus fins, elles proviennent pour l’essentiel d’un fournisseur européen établi aux Pays-Bas.
Cette concentration géographique crée une dépendance mutuelle entre grandes puissances. Une usine de fabrication de pointe, appelée « fab », exige des investissements se chiffrant en milliards de dollars et plusieurs années de construction, ce qui rend toute relocalisation lente et coûteuse. Peu d’acteurs dans le monde maîtrisent l’ensemble des procédés nécessaires aux générations de puces les plus récentes.
Des pénuries aux politiques industrielles
La pénurie mondiale de composants survenue dans le sillage de la pandémie de Covid-19 a mis en évidence cette vulnérabilité. L’industrie automobile, en particulier, a dû ralentir ou interrompre des chaînes de production faute de puces disponibles. Cet épisode a convaincu de nombreux gouvernements que la sécurité d’approvisionnement en semi-conducteurs relevait de la souveraineté économique.
Plusieurs réponses politiques ont suivi. Les États-Unis ont adopté en 2022 le « CHIPS and Science Act », destiné à soutenir la production sur le sol américain, tandis que l’Union européenne s’est dotée de son propre règlement sur les semi-conducteurs, entré en vigueur en 2023. Washington a par ailleurs mis en place des contrôles à l’exportation visant à restreindre l’accès de la Chine aux puces et aux équipements de fabrication les plus avancés, notamment ceux liés à l’intelligence artificielle.
Les semi-conducteurs se trouvent ainsi à l’intersection de la technologie, du commerce et de la sécurité nationale. La maîtrise de leur conception et de leur fabrication est désormais considérée par les grandes puissances comme un facteur déterminant de compétitivité économique et d’autonomie stratégique pour les décennies à venir.
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Source : Rédaction TFN
