
Souvenez-vous : en 1967, à l’Université de Cambridge, au Royaume-Uni, la jeune doctorante Jocelyn Bell analysait les enregistrements d’un immense radiotélescope construit pour étudier les quasars lorsqu’elle remarqua un signal extrêmement régulier et répétitif, avec une période d’environ 1,34 seconde.
Comme le signal provenait toujours de la même région du ciel, qu’il ne pouvait pas être expliqué par des interférences terrestres et que sa régularité était étonnante, il fut provisoirement surnommé LGM-1, pour Little Green Men 1 (« petits hommes verts »), en référence, plus ou moins humoristique, à l’hypothèse alors en vogue selon laquelle on pourrait découvrir des émissions radio clairement artificielles, et donc provenant d’une civilisation extraterrestre.
L’hypothèse fut rapidement écartée pour cette source radio, depuis baptisée PSR B1919+21, qui n’est autre que le premier pulsar jamais découvert.
Alors, que faut-il penser de la découverte présentée aujourd’hui dans un article en libre accès publié sur arXiv ?
Elle a été réalisée grâce aux 64 antennes du réseau de radiotélescopes MeerKAT, situé dans le désert du Karoo, plus précisément dans le parc national de Meerkat, dans la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud. L’instrument a été utilisé dans le cadre du programme SETI.
Des aurores aux pôles d’une étoile ou d’une planète ?
La découverte concerne un signal radio provenant directement de Beta Pictoris b, une célèbre exoplanète géante observée directement et située à environ 63 années-lumière de la Terre.
Ce serait la première fois qu’une émission radio est clairement reliée à une exoplanète et non à son étoile hôte. On sait depuis longtemps que les étoiles sont des sources radio, à commencer par notre propre Soleil.
Ce qui est certain, c’est que le signal radio présente une polarisation circulaire. Il s’agit d’une caractéristique attendue des émissions radio produites par des aurores polaires.
Ce phénomène est observé non seulement sur Terre, mais également sur Jupiter et Saturne. Il y a quelques années déjà, des indices laissaient penser qu’il était possible d’observer une aurore boréale extrasolaire, mais de manière indirecte, en lien avec une exoplanète, comme dans le cas de GJ1151, une naine rouge de type M située à environ 26 années-lumière dans la constellation de la Grande Ourse, grâce au radiotélescope LOFAR.
Une vidéo explique les émissions aurorales associées à une exoplanète, en prenant l’exemple des émissions produites par Io dans la magnétosphère de Jupiter. La découverte a été réalisée par une équipe dirigée par des astronomes néerlandais utilisant le radiotélescope Low Frequency Array (LOFAR). Pour obtenir une traduction française assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite de la vidéo. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l’icône en forme d’engrenage à droite du rectangle, puis sur « Subtitles » et enfin sur « Auto-translate ». Choisissez « French ».
Des champs magnétiques 2 000 fois plus intenses que celui de la Terre
Ce phénomène, analogue aux émissions aurorales de la Terre et des planètes géantes du Système solaire, était prédit depuis près de trente ans. Ces émissions apparaissent lorsque des particules chargées interagissent avec le champ magnétique d’une planète et son atmosphère, mais également avec ceux d’une étoile, comme l’explique la vidéo ci-dessus.
Si cette interprétation est correcte, les astrophysiciens peuvent déduire des émissions détectées par MeerKAT que Beta Pictoris b possède un champ magnétique extrêmement intense, dépassant 1 000 gauss, contre environ 0,5 gauss pour la Terre.
De plus, Beta Pictoris b est connue pour être une exoplanète très massive, environ dix fois plus massive que Jupiter, et certaines de ses propriétés sont similaires à celles des naines brunes, qui sont elles aussi connues pour posséder de puissants champs magnétiques.
Ces images des aurores de Jupiter, observées dans l’ultraviolet et superposées à une photographie de la planète entière en lumière visible, ont été prises par Hubble. Ces aurores sont liées aux interactions entre Jupiter et le vent solaire, ainsi qu’à l’interaction de son champ magnétique avec sa lune Io, entourée d’une ionosphère conductrice d’électricité.
Les auteurs de la découverte restent toutefois prudents. Ils expliquent que, pour être véritablement convaincus qu’il s’agit bien de la première émission radio directe provenant d’une exoplanète, il faudrait détecter une modulation du signal correspondant à la période de rotation de Beta Pictoris b, soit environ toutes les huit heures.
En effet, la zone d’émission aurorale doit tourner avec l’exoplanète si elle lui est réellement associée, et non à son étoile.
Source: Yahoo Finance – Read the original Article
