
Des files d’attente massives aux stations-service à travers l’Iran ont été observées mardi, après l’annonce par les États-Unis de « l’Opération Economic Outcast », une campagne renforcée de sanctions économiques et d’isolement du régime de Téhéran. Al Arabiya s’est entretenu avec des habitants de Téhéran, inquiets de l’impact de ces nouvelles sanctions, bien que certains aient repris le discours du régime sur la « résilience » des Iraniens face aux pénuries de carburant, à la flambée du chômage et à des taux d’inflation astronomiques.
Les Iraniens cités par Al Arabiya ont notamment utilisé leur véritable identité, ce qui laisse penser que leurs contacts avec la presse ont été approuvés par le régime.
Un agent immobilier prénommé Mehdi Yazdian a expliqué que les sanctions affectaient naturellement la vie des gens, riches comme pauvres, tout en soulignant que le peuple iranien vivait sous ce régime de sanctions depuis 47 ans et restait résilient. Un professeur d’anglais, Kia Farahani, a pour sa part estimé ne pas craindre la guerre en elle-même, mais plutôt une guerre à caractère davantage économique, susceptible d’exercer une forte pression sur la population et de raviver des mouvements de contestation.
Le régime est resté sur sa ligne de défiance. Le ministre de l’Économie, Ali Mandanizadeh, a affirmé que les autorités anticipaient depuis longtemps l’escalade spectaculaire des sanctions annoncée mardi par Bessent, assurant que le gouvernement disposait d’un plan sur deux ans pour gérer ce type d’événements. L’économiste téhéranais Saeed Laylaz, interrogé par Al Arabiya, a d’abord affirmé avec assurance que les États-Unis n’avaient rien de nouveau à leur disposition, avant de nuancer ses propos en exprimant des doutes sur la capacité réelle du gouvernement iranien à gérer ses problèmes internes — corruption, déséquilibres bancaires, inflation et politiques économiques adaptées.
The National a également constaté mardi des signes d’achats de panique à Téhéran, tandis que les porte-parole du gouvernement peinaient à rassurer l’opinion publique en affirmant qu’aucune décision n’avait encore été prise concernant une hausse des prix du carburant — même si de délicates « réformes structurelles » pourraient survenir.
Les prix de l’essence en Iran sont contrôlés par l’État et maintenus artificiellement bas grâce à des subventions, une pratique qui remonte à avant la révolution islamique de 1979.
Une hausse des prix en 2019 avait déclenché d’importantes manifestations à travers le pays, que le régime avait réprimées en tuant plus de 300 personnes. Des ajustements de prix plus modestes en décembre 2025 avaient également attisé la colère populaire et mené au soulèvement de janvier 2026, réprimé par le régime au prix de dizaines de milliers de morts parmi ses propres citoyens.
The National rapporte que plusieurs stations auraient fermé ou connu des perturbations, notamment dans l’est et le sud de Téhéran, avec des files de véhicules s’étirant autour des stations-service visibles sur des vidéos et images circulant en ligne. Des perturbations similaires ont été signalées dans d’autres villes, dont Kerman et Mashhad, malgré une forte hausse de la distribution d’essence à Téhéran. Selon le média, la situation reflète une demande croissante se heurtant à un réseau de distribution de plus en plus sous tension. Des responsables iraniens ont indiqué que lundi avait constitué la plus importante journée de distribution d’essence de l’année dans la capitale, avec plus de 26 millions de litres envoyés vers les stations.
Le bureau du président Masoud Pezeshkian a affirmé qu’aucune hausse des prix des carburants subventionnés n’était prévue, tout en évoquant d’éventuels quotas plus stricts à la pompe et des hausses de prix pour les carburants non subventionnés. Le système de tarification iranien comporte trois paliers, avec des subventions moindres pour les véhicules personnels et de luxe.
Pezeshkian avait souligné vendredi l’ampleur considérable des subventions nécessaires pour offrir aux consommateurs iraniens l’un des carburants les moins chers au monde — le prix public le plus bas étant inférieur à un centime le litre, alors que l’État dépense environ 65 centimes pour raffiner et livrer chaque litre.
Le site d’information dissident basé à Londres, Iran International, a affirmé mardi que la situation réelle serait bien plus sombre que ce que prétendent les responsables du régime, avec des pénuries de carburant déjà largement répandues à travers le pays et des stations-service fermant brusquement sans explication. Le média a rapporté des images et témoignages massivement partagés sur les réseaux sociaux en persan, montrant des stations fermées et des files de véhicules devant celles encore en activité, avec des pénuries signalées dans plusieurs zones de la capitale, y compris le centre et le nord de Téhéran. Selon ce rapport, ces fermetures ont également nourri des spéculations selon lesquelles la restriction de l’offre pourrait elle-même constituer un moyen de réduire la consommation sans avoir à annoncer une hausse des prix politiquement risquée.
Un habitant de Téhéran, cité anonymement, a décrit une situation chaotique : stations bondées, GPS hors service, impossibilité de travailler pour Snapp (service iranien de covoiturage) faute de chauffeurs disponibles malgré des tarifs en hausse, laissant les usagers sans argent et sans essence.
Mercredi, Iran International a cité des « sources informées » selon lesquelles les réserves stratégiques de carburant du pays auraient atteint le niveau d’« alerte rouge » et pourraient être totalement épuisées d’ici quelques semaines.
Cette pénurie pourrait raviver un rapport de force entre le gouvernement civil de Pezeshkian et le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Pezeshkian, redoutant un nouveau soulèvement populaire, souhaiterait continuer à puiser dans les réserves stratégiques pour contenir les prix à la consommation, tandis que le CGRI voudrait les préserver à des fins militaires.
Un habitant de la ville de Mashhad a confié à Iran International que des rumeurs se répandaient parmi une population de plus en plus inquiète, selon lesquelles les pénuries généralisées de carburant signalées mardi auraient été délibérément provoquées par le gouvernement afin d’amollir la résistance populaire à une future hausse des prix, un scénario qu’il a comparé à des précédents observés avec l’huile de cuisine ou le riz.
SOURCE: BRIETBART – See the original content
