
Elle a moins d’un million d’années : les astronomes sont en train d’observer la croissance de la plus jeune planète jamais détectée.
Les astronomes ont parcouru un long chemin dans l’étude des exoplanètes depuis la première découverte de ces corps célestes autour d’une étoile de la séquence principale en 1995. Cependant, en septembre 2026, plus de 8 290 exoplanètes sont connues dans la Voie lactée et répertoriées sur le célèbre site Encyclopedia of Extrasolar Planets, fondé par Jean Schneider de l’Observatoire de Paris. Malgré cela, nous n’en sommes encore qu’au début de l’exploration de cet univers.
Une exoplanète est actuellement sous les projecteurs, notamment dans une publication parue dans The Astrophysical Journal Letters. Baptisée Elias 2-24 b, il s’agit d’une planète géante encore en formation, qui continue d’absorber du gaz et de la poussière provenant du disque protoplanétaire entourant son étoile.
Un laboratoire pour comprendre la naissance des exoplanètes
Elle est observée dans la Voie lactée à seulement 450 années-lumière du Soleil, ce qui en fait un laboratoire particulièrement intéressant, compte tenu de sa proximité, pour étudier en temps réel les processus à l’origine des géantes gazeuses comme Jupiter et Saturne dans le Système solaire.
Andrea Bernardi, doctorant à l’Université Diego Portales et premier auteur de l’étude, l’a confirmé dans un communiqué de l’observatoire W. M. Keck :
« Ce qui rend Elias 2-24 b si remarquable, c’est son âge. C’est la plus jeune planète détectée à ce jour et, puisqu’elle continue d’accréter activement de la matière provenant de son environnement, nous pouvons observer une phase de formation planétaire rarement visible directement. »
Son collègue Lucas Cieza, coauteur de l’étude et professeur à l’Université Diego Portales, ajoute :
« D’une certaine manière, nous observons une version beaucoup plus jeune d’un système planétaire comme le nôtre. Comme notre Système solaire est âgé de plusieurs milliards d’années, nous ne pouvons que reconstituer la manière dont il s’est formé. Des systèmes comme Elias 2-24 b nous permettent d’étudier ce processus alors qu’il est encore en cours. »
En effet, l’exoplanète Elias 2-24 b est âgée de moins d’un million d’années.
Les données fournies par les instruments de l’observatoire W. M. Keck depuis 2018, puis réanalysées avec des techniques modernes, combinées à des observations réalisées en 2020, ainsi qu’avec le VLT et l’Atacama Large Millimeter/submillimeter Array (ALMA), ont non seulement confirmé l’existence d’Elias 2-24 b, mais également apporté de nouveaux éléments en faveur du modèle d’accrétion du cœur pour la formation des planètes géantes.
Ces observations fournissent des preuves solides établissant un lien entre les sillons observés dans les disques protoplanétaires et les planètes qui s’y forment.
Une animation artistique montre Elias 2-24 b, la plus jeune exoplanète détectée à ce jour, poursuivant sa croissance au sein du disque de gaz et de poussière entourant sa jeune étoile hôte. De la matière provenant du disque s’accrète activement sur cette planète de masse comparable à celle de Jupiter, située dans une zone bien délimitée du disque, ce qui vient conforter la théorie dominante de la formation des planètes géantes. © WM Keck Observatory, Adam Makarenko
Le modèle d’accrétion du cœur planétaire
Revenons sur quelques points essentiels concernant ce sujet. Selon cette théorie, tout commence par l’effondrement gravitationnel d’un nuage en rotation composé de poussière et de gaz, qui devient un disque protoplanétaire autour d’une jeune étoile.
À l’intérieur de ce disque, les processus d’accrétion et de collision, suivis de phénomènes de fusion, transforment la poussière en embryons planétaires.
Lorsque certains de ces embryons rocheux ou glacés dépassent environ dix fois la masse de la Terre, l’accrétion de gaz par ces noyaux rocheux s’accélère brutalement et permet la formation rapide de géantes gazeuses.
Le processus creuse alors des lacunes et des sillons dans le disque protoplanétaire. Ces structures sont observées depuis des années, notamment grâce à ALMA qui, comme le rappelle le communiqué de l’observatoire W. M. Keck, a produit des images spectaculaires de ces disques, révélant des anneaux sombres et des lacunes dans la matière qui les entoure.
De nombreux astronomes soupçonnaient que des planètes en formation creusaient ces sillons en grandissant, mais les preuves directes restaient limitées.
« Nous pouvons désormais établir avec beaucoup plus de certitude un lien entre la présence de lacunes dans les disques protoplanétaires et celle de planètes. Cette découverte fournit des preuves directes que ces structures peuvent être produites par des planètes en formation au sein du disque », conclut Bernardi.
Source: Yahoo Finance – Read the original Article
